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Cultiver des endives : du semis à la récolte des racines

Les endives d’hiver se préparent dès le printemps. Pour obtenir des chicons bien serrés, il faut d’abord produire au potager des racines capables d’accumuler suffisamment de réserves. Un sol meuble, un semis régulier et un éclaircissage au bon moment comptent davantage qu’une fertilisation généreuse. Voici comment conduire la culture des endives jusqu’à l’arrachage et sélectionner les racines qui pourront être mises à forcer.

Comprendre les deux étapes de la culture des endives

L’endive que l’on mange est une pousse obtenue à partir d’une racine de chicorée witloof, également appelée chicorée de Bruxelles. Au jardin, cette plante développe d’abord une rosette de feuilles vertes et une racine pivotante. Après l’arrachage, le forçage à l’obscurité permet au bourgeon de produire le chicon.

La fiche consacrée à l’endive de la Société nationale d’horticulture de France décrit cette succession entre production des racines et forçage. Pendant toute la première phase, l’objectif est donc d’obtenir une racine saine et bien développée, en préservant son bourgeon central.

Choisissez des graines portant clairement la mention « chicorée witloof » ou « endive à forcer ». Vérifiez aussi si la variété demande une couverture de terre pendant le forçage : cette indication déterminera votre installation hivernale.

Préparer une terre profonde sans excès de fertilisation

Réservez une parcelle ensoleillée, dont la terre reste fraîche sans retenir durablement l’eau. Les sols compacts, caillouteux ou engorgés compliquent la formation de racines droites et leur récolte.

Quand le terrain est suffisamment ressuyé, ameublissez-le en profondeur avec une fourche-bêche ou une grelinette. Retirez les pierres gênantes, les racines d’adventices et les grosses mottes. Affinez ensuite la surface au râteau : les petites graines ont besoin d’un contact régulier avec la terre.

Évitez le fumier frais et les apports importants d’azote juste avant la culture. Une parcelle ayant reçu du compost pour la culture précédente convient généralement mieux qu’une terre nouvellement enrichie. Des apports excessifs peuvent compromettre la qualité des racines et leur comportement au forçage.

En jardinage biologique, un faux semis facilite le désherbage : préparez la planche à l’avance, laissez germer les premières herbes, puis détruisez-les par un passage très superficiel avant de semer les chicorées. Prévoyez également une rotation de plusieurs années, au moins quatre, avant leur retour au même endroit.

Réussir le semis de chicorée witloof

Choisir la bonne période

Pour une récolte des racines en automne, mai constitue un bon repère dans une grande partie de la France. Le semis peut se prolonger jusqu’au début de juin selon la région et la variété.

Attendez une terre réchauffée, dépassant environ 10 °C. Un semis trop précoce, soumis au froid, augmente le risque de montée à graines. À l’inverse, un semis tardif laisse moins de temps aux racines pour grossir.

Consultez le sachet : les variétés n’ont pas toutes le même calendrier de production ni la même période de forçage.

Semer directement en place

Le semis direct évite de manipuler le jeune pivot. Procédez sur une terre fraîche :

  1. Tracez des sillons espacés de 30 à 35 cm.
  2. Semez peu densément, à environ 1 cm de profondeur.
  3. Recouvrez de terre fine et tassez légèrement.
  4. Arrosez en pluie douce pour ne pas déplacer les graines.

Maintenez la couche superficielle humide jusqu’à la levée, généralement en une à deux semaines selon les conditions. Surveillez particulièrement les terres qui sèchent vite ou forment une croûte après l’arrosage.

Notez la date du semis : elle sera utile pour estimer la maturité des racines à l’automne.

Éclaircir pour laisser grossir les racines

Lorsque les plantules possèdent trois ou quatre vraies feuilles, éclaircissez pour conserver environ un plant tous les 15 cm sur le rang. Adaptez cet espacement aux indications de la variété.

Gardez les sujets vigoureux et bien répartis. Intervenez sur une terre légèrement humide, en retirant délicatement les plants excédentaires pour ne pas déchausser leurs voisins.

Cette opération conditionne la récolte : trop serrées, les chicorées se concurrencent et produisent davantage de racines fines. Mieux vaut une ligne correctement espacée qu’un rang très fourni qu’il faudra ensuite trier sévèrement.

Entretenir les chicorées pendant l’été

Désherber tôt et arroser selon les besoins

Les jeunes chicorées supportent mal la concurrence des herbes. Sarclez régulièrement au début, puis binez superficiellement entre les rangs. Évitez les passages profonds près des plantes.

Une fois les chicorées bien installées, un paillage léger peut limiter l’évaporation. Laissez toutefois le collet dégagé et surveillez les limaces.

Arrosez lorsque la terre sèche durablement, surtout pendant l’installation et les périodes chaudes. Mouillez suffisamment le sol pour que l’eau atteigne les racines, sans maintenir la parcelle détrempée. La fréquence dépend de la pluie et de votre terrain.

Préserver le feuillage

Ne coupez pas les feuilles pendant la croissance pour tenter de faire grossir les racines. Elles participent à la constitution des réserves nécessaires au futur chicon.

Observez aussi le cœur des plantes et leur base. Un flétrissement inhabituel malgré un sol frais, un collet ramolli ou une pourriture mérite une inspection. Écartez les plantes atteintes plutôt que de les conserver avec les futures racines à forcer.

Reconnaître les racines prêtes à récolter

L’arrachage intervient généralement en octobre ou novembre, après environ cinq à six mois de culture. La variété, la date de semis et les conditions estivales peuvent décaler cette période. Récoltez avant les fortes gelées.

Le vieillissement des feuilles extérieures donne un indice, mais ne suffit pas à juger la maturité. Déterrez quelques sujets pour examiner les racines.

Pour le forçage, recherchez de préférence :

  • une racine ferme, assez droite et peu fourchue ;
  • un diamètre d’environ 3,5 à 5 cm au collet, à la jonction des feuilles et de la racine ;
  • un bourgeon central intact ;
  • l’absence de pourriture, de galeries importantes ou de blessures profondes.

Les racines très fines disposent de réserves plus limitées. Mettez-les à part, ainsi que les sujets très déformés. Écartez les plantes montées à fleurs.

Arracher et préparer les racines sans abîmer le bourgeon

Choisissez si possible une journée sèche, avec une terre suffisamment souple. Enfoncez la fourche-bêche à distance du rang, soulevez la motte, puis dégagez les racines. Tirer uniquement sur les feuilles risque de casser le pivot.

Secouez doucement la terre adhérente. Un lavage systématique n’est pas nécessaire. Laissez ressuyer les racines à l’abri du soleil direct et du gel, dans un endroit aéré, pendant au moins une journée pour favoriser la cicatrisation des petites blessures.

Coupez ensuite le feuillage à environ 2 à 3 cm au-dessus du collet, sans entamer le bourgeon central : c’est lui qui donnera l’endive.

Au moment de préparer le contenant de forçage, les racines peuvent être égalisées à environ 15 à 20 cm de longueur. Recoupez proprement leur extrémité si nécessaire, sans raccourcir inutilement les sujets déjà adaptés.

Si le forçage est différé, conservez les racines au frais et hors gel, protégées du dessèchement, par exemple dans du sable légèrement humide. Inspectez régulièrement les lots et retirez les racines qui ramollissent. Étiquetez chaque variété avec les dates de semis et d’arrachage : ces repères vous aideront à ajuster votre calendrier l’année suivante.